(AFP, 07/08/2005 09:18) – Unique en Afghanistan, symbolisée par les villages de bois agrippés au sommet des montagnes, l’ancienne culture du Nouristan n’est plus aujourd’hui qu’un souvenir, victime du temps qui passe et d’un islam wahhabite très conservateur qui règle la vie de ses habitants.
Magnifiques entassements de maisons de bois sculpté, les quelque 60 villages “célestes” du Nouristan avaient été bâtis pour résister aux troupes musulmanes. En vain: en 1896, le roi pachtoune Abdour Rahman finira convertir le “pays des Infidèles” (Kafiristan [1]) en “pays des Lumières” (Nouristan).
Un siècle plus tard, les anciens villages, devenus vétustes, commencent à se vider, et les signes de l’ancienne culture paganiste se font rares dans cette province de l’est de l’Afghanistan qui reste pauvre et sous-développée.
“Près de 80% de notre culture a changé, et nous nous rapprochons du reste de l’Afghanistan. Plus de la moitié des habitants des anciens villages ont déménagé dans les vallées”, constate Hadji Mohammed Ibrahim, chef de la police du district de Want (centre).
“Les gens ont tendance à quitter ces villages, parce qu’il n’y a pas assez d’eau, et qu’il faut marcher des heures pour se procurer le moindre produit”, explique Hadji Deen Mohammed, le chef du conseil des Anciens de Waygal (centre), lui-même descendu dans la vallée il y a 40 ans.
Les anciens villages n’étaient pas la seule originalité culturelle des Nouristanis, un peuple d’origine inconnue, au type plus européen que les autres ethnies d’Afghanistan, vus par certains comme les descendants des troupes d’Alexandre le Grand, qui ont conquis la région vers 300 avant Jésus Christ.
Les Nouristanis sculptaient le bois pour en faire du mobilier, des tables et des chaises, et utilisaient des fourchettes et cuillères.
Aujourd’hui, dans les vallées, seuls quelques fenêtres et plafonds de bois sculptés rappellent ce passé, et les Nouristanis ne reçoivent plus avec chaises et tables, mais, comme les autres ethnies, sur des matelas à même le sol.
L’islamisation a également fait disparaître le vin de montagne que les Nouristanis faisaient fermenter dans les jardins où ils adoraient leurs idoles. De même, les culottes et gilets de laine ou de peaux de mouton traditionnels ne sont guère plus portés que par de vieux montagnards croisés au hasard des sentiers, remplacés par la longue chemise afghane classique.
“Les 20% de culture qu’il nous reste, c’est la culture du bétail et des champs. Ainsi que la langue, différente selon les vallées, et qui restera”, explique Hadji Mohammed Ibrahim.
Le bétail constitue la seule ressource économique et alimentaire (avec le blé et le maïs) des familles. Il est surveillé par les hommes, également chargés de faire la guerre, selon la culture nouristanie, qui a la particularité d’affecter les femmes aux champs, en plus des tâches du foyer.
Si une majorité des Nouristanies continuent à travailler dans les champs, leur nombre a tendance à baisser sous l’influence de l’islam wahhabite, qui préconise leur retour au foyer.
Le wahhabisme a conquis les Sunnites du Nouristan dans les années 80, lorsque des ONG saoudiennes sont venues les soutenir face aux Soviétiques. “Elles ont eu beaucoup d’influence sur notre religion, notre éducation. Notre référence en matière d’Islam, c’est l’Arabie Saoudite”, dit Omar Aqani, adjoint du chef du village d’Islamabad (centre du Nouristan).
Aujourd’hui, entre 50% et 80% des Nouristanis sont wahhabites, selon les dirigeants locaux. “Nous nous plions à la loi islamique, et non plus à la culture Nouristanie”, souligne Hadji Mohammed Ibrahim.
Une doctrine conservatrice qui fait dénoncer à beaucoup de mollahs l’influence des cultures étrangères sur le gouvernement de Kaboul. “Toute culture contraire à la loi islamique est inacceptable”, martèle le mollah Gulam Qader, 35 ans, prêcheur à Waygal, qui condamne notamment “ces corps à moitié nus que montrent les films indiens à la télévision, dans les villes”.
[1] AMIBe : Où se déroule l’action de “L’homme qui voulait être roi”, film avec Sean Connery et Michael Caine, réalisé par John Houston suivant le scénario tiré du livre de Rudyard Kipling.




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