de Maurice Pergnier, dans la Collection “Désinformation” de Vladimir Volkoff , aux Editions du Rocher (251 pages, 17,90 ¤)
Cette Désinformation par les mots est, plus qu’un dictionnaire, une méthode illustrée par l’exemple. Linguiste, angliciste, Maurice Pergnier montre en quoi la désinformation n’est pas seulement une information fausse ou controuvée, mais, de façon beaucoup plus perverse, une énonciation sophistique : les mots qu’elle emploie sont des pièges, ils ne servent pas à faire comprendre mais au contraire à paralyser la réflexion. Recenser les mots de la désinformation, c’est donner de la “langue de bois” contemporaine un aperçu à peu près complet, des “dommages collatéraux” de la “guerre propre” aux “charniers” (de Roumanie ou de Yougoslavie), de “l’art contemporain”, qui rejette dans le non-être tout l’art effectivement contemporain qui n’obéit pas aux diktats du post-dadaïsme officiel au “jeune”, qui, par une singulière ambiguïté, s’il demeure désirable comme adjectif (la “jeunesse” est toujours le mot d’ordre de notre époque) a pris comme substantif (au pluriel) un sens des plus menaçants. L’auteur montre aussi comment, de la “double peine” aux “sans-papiers”, des formulations captieuses postulent ou un abus de pouvoir ou une injustice dont seraient victimes ceux à qui elles s’appliquent. Sans compter, et ce ne sont pas les moins dangereux, les mots à majuscule (Culture, Démocratie, Guerre, Information…) dont le sens s’est insidieusement dévoyé. Ce genre de mise au point lexicale relève de l’hygiène élémentaire de la pensée.



