La guerre des Mondes ou la Grande Guerre Civile Planétaire
par Maurice G. Dantec
En 1989, le Mur de Berlin tomba. Après plus de 70 ans d’existence, le bloc soviétique se lézardait, la division de l’Europe était chose du passé, l’Occident démocratique, entendit-on alors, avait vaincu la tyrannie totalitaire.
L’hypocrisie jésuitique de nos contemporains n’est plus à démontrer. Pendant 50 ans, après la deuxième guerre mondiale, les puissances européennes « démocratiques » avaient soigneusement évité de trop énerver l’ogre russo-soviétique et, on peut le dire, de Berlin-Est en 1953 à Prague en 1968, de Budapest en 1956 à Varsovie en 1980, les troupes communistes qui écrasèrent toutes les tentatives de révolution démocratique ne trouvèrent que fort peu de chars d’assaut, d’avions ou de sous-marins venus de France ou d’Allemagne en face d’eux. Il faut dire qu’en 1975, avec la fameuse Conférence d’Helsinki, l’Europe occidentale entérinait honteusement la prise de possession territoriale de la puissance soviétique, abandonnant les peuples slaves à la bêtise et au joug du totalitarisme, alors même que les premiers grands accords politico-culturels et militaro-économiques avec les puissances arabes devenaient la politique officielle non seulement de la France mais de toute la « Communauté Européenne » de l’époque.
En 1989 donc le Mur tomba, et s’il tomba ce ne fut donc certes pas grâce au courage et à la capacité de résistance des nations occidentales européennes, mais pas plus, faut-il le souligner, par la force d’un vaste mouvement de mobilisation populaire né à l’Est du Mur, comme on tente depuis de nous le faire croire. On le sait depuis longtemps, les résistants au despotisme sont par définition une minorité puisque le despote s’appuie sur la peur et sur la foule, sur la peur de la foule, sur la foule apeurée. On fit des processions et des festivals, on vendit le Mur de la Honte en pièces détachées. Mais cela ne change rien à l’affaire : si le Mur est tombé c’est parce que la puissance soviétique avait été vaincue par l’Amérique reaganienne et que Gorbatchev sauvait les meubles en se séparant de son glacis est-européen, juste avant de flinguer l’union soviétique elle-même afin que la Russie, au moins, survive à l’effondrement de l’Empire communiste.
C’est donc par effet de vide que le mur est tombé, et bien sûr, cela eut des conséquences directes sur la suite des événements.
Au même moment, très exactement, une crise éclatait au sein de la petite république socialiste yougoslave, sorte de mini-URSS qui s’était autonomisée de la tutelle russe dès 1948.
Cette crise, dont l’épicentre se situait alors au Kosovo, mettait aux prises un pouvoir communiste chancelant avec une population albanophone et musulmane qui réclamait à l’époque ce que les autres « démocraties populaires » venaient d’obtenir, sans violence : la démocratie, justement, ou tout du moins, quelques libertés fondamentales. À l’époque de cette première crise Kosovare c’est tout juste si les médias nous en tinrent informés. Pourtant c’est à cet instant précis que le phénomène le plus important de tout l’après-guerre se dessina. J’ai dit « après-guerre », car c’est ainsi que l’on nous vendit l’époque. Or l’après-guerre devenait brutalement, mais sans que l’on s’en doute, une avant-guerre. La troisième guerre mondiale, appelée durant 45 ans « guerre froide » alors qu’elle a occasionnée plus de mort que la seconde dont elle était non pas la succession, ni même la simple poursuite, mais la REPRISE, à un autre niveau d’intensité historique, la troisième guerre mondiale, surnommée de façon drolatique par les journalistes « après-guerre », la troisième guerre mondiale, donc, laissait la place à la IVe, la Guerre de quatrième espèce, la guerre de l’armageddon métanational, la guerre qui mettrait aux prises l’alpha et l’oméga du nihilisme : soit l’Islam d’une part, l’Occident post-modernisé de l’autre.
Et ce que je veux dire par là c’est que nous entrons non seulement dans l’ère de ce qu’on appelle maintenant « guerre asymétrique» », mais dans une authentique Guerre des Mondes, car ce que je vais tenter d’expliquer c’est comment le passage de la IIIe à la IVe guerre mondiale a permis à cette configuration d’émerger : cette configuration c’est celle de la guerre – non plus a-symétrique – mais a-parallèle.
Qu’est ce que j’entends par là ? Voici précisément ce qui s’est produit en ex-Yougoslavie : deux guerres se sont conduites simultanément et pourtant elles divergeaient, et ne cessaient de diverger sur tous les plans, au point que l’on peut dire qu’au bout d’un certain temps, chaque camp en présence faisait la guerre à l’autre pour des raisons si différentes qu’elles ne coïncidaient absolument plus sur aucun plan. Les lignes de front se sont ouvertes sur une divergence absolue, comme si deux mondes, deux époques, deux lignes qui ne se recoupent que sur leur point de tension maximale, avaient été actualisées.
En effet, dans un premier temps, les tenants du socialisme yougoslave, soit principalement les Serbes, firent la guerre aux Croates parce que ceux-ci voulaient se séparer du régime post-titiste de Milosevic, abandonner le système communiste pseudo-fédéral, rejoindre l’Union Européenne. Cela avait été le cas des Slovènes, c’est encore le cas de beaucoup de Monténégrins.
C’était une guerre occident démocratique contre régime communiste. Les choses paraissaient claires. Une ligne de front, une ligne de conjonction existait entre les belligérents.
Mais déjà, les tenants du nationalisme ethnique pan-serbe avaient teinté la chanson d’une autre couleur. Lorsque la guerre se translata en Bosnie, elle se translata aussi sur le plan de l’intensité, et du régime de la guerre mis en œuvre. Cette fois la guerre d’indépendance des Bosniaques vis-à-vis de Belgrade recoupait des lignes de fracture qui remontaient au XIVe siècle, à l’époque des invasions ottomanes.
À la première guerre occident démocratique/occident communiste vint se superposer le diagramme extra-périphérique, le système de désorbitation historique qui allait tout faire basculer : dès 1993, les combattants serbes se battaient désormais au nom de l’Orthodoxie, les Croates de Bosnie (contre les Musulmans et contre les Serbes), au nom du Catholicisme, et les Musulmans, bien sûr, au nom de l’Islam.
La guerre politique intra-occidentale se doublait brutalement d’une guerre de religion orient/occident.
Mais les deux guerres, comprenez moi bien, les deux guerres étaient présentes, sauf qu’elles ne se recoupaient pas. Elles n’entretenaient en fait aucun rapport. L’exemple le plus significatif vient, comme toujours, des marges de l’Histoire : en 1991, lorsque les communistes serbo-yougoslaves attaquèrent la Croatie qui venait de déclarer son indépendance, des groupes de volontaires occidentaux s’engagèrent dans la toute jeune Garde Nationale croate. Ils le firent, sous l’appellation Freedom Fighters Force, dans une perspective de défense des valeurs occidentales contre le despotisme communiste.
Lorsque la guerre se translata en Bosnie, cette force alla y combattre les Serbes et se retrouva finalement engagée comme unité intégrée dans l’armija bosniaque, à dominante musulmane.
Or, dans le même temps, arrivaient à Sarajevo des milliers de volontaires islamiques, arabes, pakistanais, afghans, tchétchènes, qui eux s’engageaient aux côtés du gouvernement bosniaque au nom du DJihâd. Parmi eux, environ 15 % de volontaires français de confession musulmane, d’origine maghrébine pour la plupart.
Ainsi dans cette guerre d’après-guerre, cette guerre d’inter-règne, pouvait-on rencontrer tous les types de situations conflictuelles, sauf celles auxquelles on avait été habitué jusque là, ce qui, me semble-t-il, aurait dû alerter nos si brillants intellectuels « progressistes ».
Un volontaire croate pouvait se battre au nom de la démocratie occidentale contre un soldat serbe qui se battait lui pour l’Orthodoxie et contre l’Islam, contre des Musulmans bosniaques laïcs partisans, disons, du « modèle turc ».
Mais vous pouviez aussi rencontrer des miliciens communistes serbes avec drapeau à étoile rouge qui se battaient contre des Croates nationalistes et catholiques et des Musulmans bosniaques partisans du DJihâd contre l’Occident.
Avec trois camps en présence et deux guerres collatérales et a-parrallèles, le nombre de configurations possibles, toutes plus divergentes les unes que les autres, n’a cessé d’augmenter.
Le chaos et la confusion aussi.
Plus rien n’était à sa place, tout était disloqué, et jusqu’au principe de dislocation conflictuel lui-même : la guerre.
Que personne, ou presque, n’ait songé à prévenir ses contemporains de l’imminence de la catastrophe générale est selon moi la caractéristique principale de notre époque, où les opinions politiques sont forgées, ici au Québec par exemple, par le VOIR ou le Journal de Montréal, et en France par Libération et le Monde.
Ce n’est pas un hasard non plus si, quelques années plus tard, cette guerre de Bosnie revint comme à son point de départ : le Kosovo. Cette fois-ci, les puissances occidentales intervinrent contre le programme de nettoyage ethnique anti-musulman conduit par la clique communiste de Milosevic. Mais ce que l’OTAN ne comprit pas, lors de son intervention, et que personne ne comprit par ailleurs, c’est que si le régime communiste yougoslave continuait d’œuvrer en fonction de sa « première » guerre, communisme contre démocratie, en face, chez les paramilitaires albanais, on était passé des revendications d’indépendance nationale sur vague fond de maoïsme ancestral à l’islamisme le plus intégral interrelié à l’idée d’une Grande Albanie qui recouvrirait plusieurs nations actuellement existantes, sorte de réplique islamique à la Grande Serbie des yougoslaves socialistes de Milosevic. N’est-ce pas Debord qui écrivit des chapitres entiers sur la réversibilité de l’histoire ? Nous l’avions juste sous le nez, mais les charniers sentaient trop fort, l’avenir de l’Humanité ne pouvaient probablement pas se lire à l’aune d’un vulgaire génocide. On avait mieux, à l’époque, la naissance de l’Internet grand public, des cultural studies à la Noam Chomsky et de l’Humanitarisme néo-marchand à la Negroponte. Le monde semblait bien s’installer dans ce qui n’allait pas tarder à être décrété comme fin de l’histoire.
Les volontaires pro-occidentaux ne sont généralement pas restés en Bosnie, cette guerre en fait leur avait échappé.
Les volontaires islamiques y sont restés. Cette guerre c’était leur futur. C’était le moment où de Berlin on revenait à Sarajevo, comme à rebours, dans un processus historique régressif.
Ne restait plus au contre-mouvement de ce phénomène qu’à se mettre en place, comme lorsqu’on freine à bloc d’un seul coup : en ex-Yougoslavie de la fin du XXe siècle on basculait vers le Moyen-âge; il ne restait plus au Moyen-âge que de venir percuter le début du XXIe siècle, il ne restait plus qu’à ce que la IVe guerre mondiale naisse comme en écho, depuis Kaboul, jusqu’au centre de New York.
Et ce n’est évidemment pas un hasard, en effet, si cela se produisit selon cette ligne de coupe historique, car au moment même où les yeux se braquaient sur les Balkans, une guerre civile venait d’éclater dans l’Afghanistan tout juste libéré, lui aussi, de la tutelle soviétique : l’Afghanistan avait précisément été le tombeau des Russes, les Américains avaient joué la carte moudjahiddines contre l’URSS au moment même ou, divergence critique de l’Histoire là encore, l’Iran devenait une république islamique violemment anti-américaine et anti-juive. Tactiquement, les Américains jouèrent l’islam sunnite contre l’islam chi’ite, particulièrement au Liban, et ils comprirent avec raison que l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques n’était pas seulement une erreur stratégique sur le plan militaire, mais avant toute chose un suicide politique, car dans l’opinion publique musulmane, l’image de marque de la superpuissance socialiste qui avait soutenu les peuples « opprimés » prit brutalement un coup de vieux. Reagan et ses communicateurs professionnels n’allaient pas laisser passer leur chance.
L’écroulement du communisme et le retrait conséquent des troupes soviétiques d’Afghanistan fut considéré avec raison par les analystes de la CIA comme la fin de la IIIe guerre mondiale. Mais il ne fut pas analysé avec suffisamment de sérieux comme le moment d’émergence du contre-pôle historique à cet écroulement, le début de la IVe guerre mondiale ; personne ne vit arriver le Grand Djihâd, tout au long des années 90, et pourtant, il était juste devant nos yeux.
2) La fin de la « fin de l’histoire » : le « post-modernisme » comme interlude ludique et déjà mort, entre deux GUERRES, celle qui vient de commencer n’engageant pas moins que le destin de toute l’humanité : guerre globale/métalocale, convergence critique des vecteurs biocidaires : après/pendant la guerre cybernétique, la 1ère GUERRE GÉNÉTIQUE.
La première guerre mondiale s’était constituée sur l’utilisation massive des armements de seconde espèce, pour reprendre la terminologie de Deleuze concernant les machines — les armes sont les machines par excellence, il suffit de rappeler l’étymologie du mot machine qui en grec signifie stratagème, ruse, pour comprendre que toute machine est donc fondamentalement une machine militaire. En 1914-18, armes à feu et moteur à explosion formaient les deux têtes du nouvel ogre mécanique. À cette époque la guerre fut en fait à peine « mondiale », elle n’affecta pratiquement que l’Europe occidentale et centrale.
La seconde guerre mondiale débuta par une élévation dramatique de l’usage combiné de l’arme à feu et du moteur à explosion, mais elle se termina sur l’invention de la première arme de troisième espèce : la Bombe atomique. Il convient en effet de souligner ici que la Bombe atomique n’aurait pu être conçue sans l’invention corrélative de l’ordinateur. Sans ordinateur, pas assez de puissance de calcul pour « computer » la Bombe. La Bombe est donc bien le produit le plus pur de la machine de troisième espèce. Elle est d’ailleurs elle-même une machine informationnelle, puisqu’elle dispose depuis quasiment ses origines d’un ensemble de dispositifs qui appartiennent à cette catégorie. Sans compter qu’à la Bombe est venue se greffer l’arme de troisième espèce de Werner Von Braün, la fusée, et son complément orbital, le satellite, et que finalement, cette hypermachinisation du monde ouvre sur la découverte de la structure de l’ADN par Crick et Watson, un an tout juste après l’explosion de la première bombe mégatonnique à hydrogène.
La troisième guerre mondiale a vu la machine, et l’arme de troisième espèce, devenir les paradigmes du monde. La seconde guerre mondiale avait affecté l’ensemble de la planète, mais à des degrés divers. Une fois encore l’Europe avait été détruite, les autres continents diversement touchés. Lors de la « guerre froide », guerre soi-disant à basse intensité, la guerre devint pour de bon mondiale. Elle s’exporta sur tous les pays de la planète, et par le radicalisme terroriste, à l’intérieur même du limes des États démocratiques.
C’est que si en 1914 le monde c’était encore l’Europe, si en 1940, l’Europe en était encore le centre, en – disons – 1980, le monde était désormais agencé en un réseau mégamachinique universel, ou en tout cas sur la voie de l’être, qui allait préparer le passage à la phase suivante.
Alors même que se déroulait un des événements les plus importants du XXe siècle, la révolution islamique iranienne de 1979, on vit se constituer peu à peu, sur les bases de l’idéologie situationniste, du déconstructionnisme et du socialisme autogestionnaire, une sorte de nouveau modèle standard de la sociopolitique : grâce aux technologies de l’information, les machines de 3e espèce, nous allions entrer dans un vaste monde festif, ludique, globalisé, communicationnel, et hyper-tendance.
Tout au long des années 80, alors qu’un million d’hommes mouraient à la frontière Iran-Iraq, dans une diabolique réplique post-moderne de la première guerre mondiale, durant dix ans, cette néo-idéologie devint peu à peu le credo indépassable de la « pensée démocratique ».
La « chute du Mur » allait servir de faire-valoir à cette idéologie de confettis et de chars de parade, préparant sa domination sans partage durant toutes les années 90, alors pourtant que la menace grandissait à vue d’œil.
Dans le même temps, faut-il le souligner, la soi-disant critique du capitalisme se bornait – dans le meilleur des cas – à refaire en moins bien les exégèses de son Maître qu’Engels avait pondu à la chaîne après la mort de Marx, un siècle auparavant.
Le moindre texte de Günther Anders ou de Heidegger, datant des années 50, renvoie aisément tous les prébendiers du Monde Diplomatique ou des organes nanarchistes à leur inculture politique et philosophique crasse. Pourtant, Günther Anders, premier mari de Hannah Arendt, était « marxiste ». C’est possible. Il m’apparaît moi comme un penseur théologique d’après Auschwitz, il m’apparaît tel un juif qui pense comme un chrétien des origines, comme un martyr, un témoin.
Et c’est là que se situe l’impensable, l’impensé de notre époque.
Nous pouvons en effet froidement considérer les temps que nous vivons comme la poursuite du nazisme par d’autres moyens, comme une sorte de contre-pôle du nazisme clivé désormais sur la conscience de tous les hommes :
De la machine concentrationnaire ayant pour but – comme disait Heidegger : la fabrication industrielle de cadavres, nous voici passé à la mégamachine dévolutionnaire ayant pour but : la fabrication en série d’êtres humains, sorte de golems co-machinisés dès leur naissance.
Personne n’a l’air de comprendre que rien n’est synchronique par hasard dans l’Histoire. D’ailleurs qui a pu prouver que le hasard existait ?
Le 11 septembre 2001 signe la fin de la fin de l’histoire. L’histoire reprend, mais à un autre niveau d’intensité, sur une autre orbite quantique, dans un tout autre monde.
Le déclenchement du Grand DJihâd intervient au moment où la biologie moléculaire permet désormais l’invention de nano-machines biologiques, l’apparition des techniques de clonage, ou de génération sans chromosome Y, tout comme les manipulations génétiques les plus diverses.
Alors même que l’Islam radical ramène le monde vers l’âge des croisades, l’occident dévolue lui aussi, mais à l’intérieur de sa matrice technique.
Ainsi jamais une guerre aussi a-parallèle n’a été conduite : deux mondes totalement étrangers, sans même une chronologie historique en commun, s’affrontent pour le contrôle de la planète. Et ce qui apparaît comme le plus terrifiant, c’est qu’entre le monde de la démocratie machinique totalitaire et le totalitarisme nihiliste-gnostique de la religion de Mahomet, il nous soit à la fois impossible et impératif de choisir.
Conclusion :
3) L’enjeu des nouvelles alliances géostratégiques en cours de développement : « Ring » occidental Amérique-Russie-Europe de l’Est-Inde contre plaque euro-afro-arabo-islamique, la Chine jouant probablement la « politique de la bascule » des Anglais au XVIIIe siècle. Division réciproque et asymétrique de tous les camps en présence : l’Occident est divisé, mais l’Islam aussi.
Alors maintenant, dans la perspective de la question des élections américaines, je vais essayer de condenser en un point focal la longue explication préliminaire que je viens de faire.
Ce dernier exposé sera donc aussi bref que possible.
Cette guerre qui vient de commencer, cette IVe guerre mondiale, doit être compris à l’aune des précédentes, mais avec la singularité qui est la sienne : Ernst Nolte disait que la seconde guerre mondiale était la première guerre civile européenne.
En ce sens nous pouvons dire que la guerre qui vient de commencer est la première guerre civile planétaire.
Nous devons aussi comprendre que la vision « historiciste » de l’Histoire est une vision de myope, un myope mécanicien qui plus est. Les événements qui se produisent aujourd’hui en Irak plongent leurs origines dans 14 siècles d’histoire.
Il faut alors comprendre que ce qui se dessine aujourd’hui c’est la matérialisation historique d’un mouvement initié il y a des siècles.
En 1453, lorsque les Turcs prennent Constantinople et détruisent le monde byzantin, la catastrophe est ressentie dans toute la Chrétienté comme l’équivalent d’une Atlantide. La seconde Rome est tombée.
Pourtant, à la même époque, une petit peuple qui réside à la pointe sud-ouest de l’Europe est déjà en train de faire de cette conquête militaire et hautement symbolique une victoire à la Pyrrhus.
Les Portugais sont parvenus à passer la pointe sud de l’Afrique, qu’ils surnomment Cap de Bonne Espérance. Trente plus tard, ils auront des comptoirs dans tout l’actuel Mozambique, base de départ pour les Indes et l’Extrême-Orient, barrés depuis 7 siècles par les conquêtes musulmanes, arabes, turques, ou mongoles.
À ce premier anneau de contournement, s’ajoute alors le second, l’Anneau hémisphérique du Nouveau Monde, découvert dans la foulée, et qui va permettre alors à l’Anneau Occidental de se constituer jusqu’en Australasie, puis vers la Chine et le Japon, jusqu’aux Philippines, l’Indochine…
Le Ring occidental fut pourtant divisé pendant tout le XXe siècle par les virus idéologiques nihilistes qui proliférèrent sur le cadavre des démocraties européennes, alors que son espace naturel s’étend du détroit de Béring à la Patagonie dans un sens, de Moscou à Washington dans l’autre. Mais alors que plus rien ne peut arrêter la conflagration avec la plaque euro-afro-arabo-islamique, son surgissement, rénové, des cendres du XXe siècle, tient presque du miracle.
En effet la chute du bloc soviétique va permettre un renversement d’alliance tel que jamais il n’y en eut dans l’histoire, pourtant peu avare en la matière.
Anciens alliés vont de venir ennemis. Anciens ennemis vont devenir ennemis. Les neutres seront divisés, et forcés de choisir.
De la géopolitique, nous passons à la cosmopolitique.
L’Europe occidentale, qui a tout à fait clairement planifié son incorporation à la plaque afro-arabo-islamique depuis les années 70, ne peut plus vraiment être considérée comme une alliée fiable. La France en tête, qui a lié son destin aux potentats arabes depuis plus de trente ans, et s’en va tranquillement vers une guerre civile à l’ampleur sans doute inégalée dans ce pays pourtant habitué aux grands règlements de compte politico-religieux.
À l’inverse l’Europe slave, ex-communiste, souhaite jouer le rôle du pont entre le bloc russo-sibérien d’une part, et les États-unis et leurs alliés du Commonwealth britannique d’autre part.
L’Islam militant, que les USA avaient utilisé contre les soviétiques, est devenu l’ennemi, alors que l’ancienne puissance rivale, vaincue, s’avère l’allié le plus fiable.
Tout, n’est-ce pas, semble chaotique.
Mais c’est une erreur. Le chaos c’était AVANT le 11 septembre. Désormais la guerre est un ordre. Cette guerre de cent ans dont les prodromes vont fixer tout le régime de la vie humaine sur cette planète au cours du siècle, et sans doute après, cette guerre fixe précisément l’ordre du monde, elle l’a fixé, parce qu’elle est un Acte Fondateur, rien ne pourra empêcher ce fait.
Pas même Michaël Moore.
Ring néo-occidental contre bloc euro-islamique, la Chine, fort probablement saura tirer partie de sa position « médiane », Empire du Milieu, pour faire ce que les Anglais ont su faire au XVIIIe siècle : la politique de la bascule, au détriment, toujours, du plus fort, alternativement.
Mais cela ne l’empêchera pas, au bout d’un moment, d’être à son tour fracturée par la ligne de tension de la Guerre des Mondes.
Cela ne l’empêchera pas d’être divisée, à son tour.
Car cette guerre des mondes n’est plus un conflit frontal, mais une guerre métalocale, qui se fait partout et nulle part en même temps. Cette guerre des mondes va diviser tous les camps en présence, sur tous les plans, elle va tout disjoindre, alliances, stratégies, nous l’avons vu, mais aussi les structures institutionnelles internes des nations : des guerres de sécession, des guerres civiles politiques, des guerres de prise de contrôle territorial se multiplieront, en fractal toujours plus répété de la Grande Guerre Civile Planétaire.
Source: Revue Egard



