(Extrait de Quelques réflexions sur l’histoire débutante de la troisième guerre mondiale - AAARGH, été 2005) - Montesquieu a déjà répondu à cette question avant même que la bête ne soit née. La démocratie, dénomination grecque, ou la république, dénomination romaine sont des régimes dont les individus qui les composent participent directement, de droit, à la gestion des affaires communes. Une telle forme de régime politique n’est donc possible que dans des unités politiques dont la population est peu nombreuse, telles les cités antiques, ou renaissantes, comme Florence, pendant la dernière décennie du Quattrocento, et, enfin, comme le magnifique début de démocratie directe introduite en Corse par Pascale Paoli, mais qu’enterra bien vite l’armée française, envoyée sur place par le Duc de Choiseul.
Ces régimes, continue Montesquieu, ne sont absolument pas applicables à des territoires étendus comme ceux que gouvernent les royautés européennes du XVIIIe, qui ne peuvent donc être, au mieux que des monarchies constitutionnelles, sur le modèle de la monarchie anglaise d’alors - et d’aujourd’hui…
Les Révolutionnaires français, fervents lecteurs du Contrat social et adeptes de sa conception métaphysique, dans l’acception heideggerienne du terme, d’une prétendue Volonté générale – « nom de couverture pour la Macht[1] » -, ne tinrent aucun compte des mises en garde, on ne peut plus sages, de Montesquieu. Et c’est ainsi qu’ils forgèrent la notion éthérée d’une république, ou d’une démocratie « représentatives », dont il est aisé de montrer que cela ressemble en effet, à un cercle carré.
Tous les membres de la nation sont donc invités à élire des « représentants », qui, comme leur nom l’indique, sont donc censés représenter les opinions de leurs électeurs dans un parlement chargé de la gestion des affaires publiques.
Il est dans la logique de ce système que ces représentants élus soient eux-mêmes regroupés, selon leurs opinions personnelles, dans des partis politiques, qui apparaissent, de ce fait, comme des organes producteurs d’opinion. De telle sorte que la situation s’inverse. Pour avoir des chances raisonnables d’être élu par la « base », ledit « représentant » doit d’abord représenter les opinions du parti qui le mandate auprès des électeurs, afin qu’ils manifestent leur approbation desdites opinions en… l’élisant, lui, pauvre bidasse !
Tel est, fondamentalement, le tour de passe-passe de la « représentation » prétendument démocratique. On comprend alors facilement qu’une fois élu, le « représentant » ne représente plus en fait au parlement que les opinions du parti auquel il appartient et qu’il est en conséquence tenu de voter selon les consignes données par ce parti, sans être le moins du monde invité à consulter au préalable ses électeurs, histoire de savoir si, d’aventure, ils sont bien d’accord avec ladite consigne.
Son élection confère (…) au député un chèque en blanc, non pas pour lui-même, mais pour les décisions que prendra, en dernier ressort, la direction de son parti, et à laquelle il devra se soumettre sous peine d’ennuis, voire d’exclusion.
Il est bien évident que ce cercle carré n’a donc strictement rien à avoir avec les dénominations de démocratie ou de république, telles que les anciens les ont définies, lesquelles supposaient toutes deux la participation directe de tous les citoyens à la gestion de leurs affaires communes.
La dénomination qui convient donc à nos actuels régimes politiques est celle de « monarchie constitutionnelle élective de type oligarchique » laquelle présente deux variantes principales, selon que le responsable de la politique du gouvernement est élu au suffrage direct, ou au suffrage indirect.
Cessons donc, enfin, de parler sottement de « démocratie » !
Et que se passe-t-il alors au niveau politique européen, sinon un redoublement du cercle carré « représentatif » de l’opinion des partis politiques nationaux en sphère cube à l’échelon européen ?
Il n’y a donc pas lieu de s’étonner si la grande majorité des électeurs se désintéressent d’un tel zinzin européen, complètement kafkaïen, auquel ils n’ont aucun moyen de comprendre quoi que ce soit, mais où ils constatent que des « décisions » sont prises au cours de négociations hermétiques et plus ou moins secrètes entre des groupes de pression qu’il est souvent impossible d’identifier.
[1] L’un des principaux apports de cet ouvrage est une définition, en histoire d’être, du terme allemand Macht, habituellement traduit en français par « pouvoir » ou « puissance ». Macht est la forme substantive du verbe machen dont le sens général est « faire », mais dont les usages allemands sont loin de recouvrir ceux de notre verbe « faire ».




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