Altermedia Suisse
Altermedia Suisse: En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire (G. Orwell)


Edito du Pamphlet

June 26th, 2004 · Commenter (Pas de commentaire)

Email This Post Print This Post

Trahison ! Le libéral Jacques-André Haury et ses petits copains du comité d’initiative «Des notes pour une école transparente» ont retiré ladite initiative à la suite des concessions minimes et de pure forme que leur a consenties Anne-Catherine Lyon, chef socialiste du Département de la formation et de la jeunesse. Les notes seront réintroduites –occasionnellement et sans calcul de moyennes générales – dès la cinquième année secondaire, ce qui permettra de maintenir le flou dans les cycles primaires qui, comme nous l’apprend notre expérience personnelle, ont pourtant grand besoin de clarté et de transparence. En plus, l’échelle des notes comprendra des demi-points, afin qu’il soit possible aux maîtres d’affiner leurs – occasionnelles – appréciations chiffrées.

Les naïfs de notre genre s’étaient imaginé que les promoteurs de l’initiative étaient réellement soucieux du bien des écoliers vaudois, de leurs maîtres et de leurs parents. Tout au plus étaient-ils surpris, ces ingénus, que l’initiative ne propose pas la réintroduction des notes dès la première année. Mais cette anomalie pouvait s’expliquer par le fait que les «chiffres», comme disaient nos arrière-grands-parents, avaient été supprimés en première et – partiellement – en deuxième année primaire bien des années avant l’introduction d’EVM (Ecole vaudoise en mutation, pour nos lecteurs non vaudois). Sachant pertinemment que la suppression des notes n’était qu’un aspect des errements de l’école vaudoise, nous comptions bien que, à l’occasion de la campagne précédant la votation, les autres inepties d’EVM – ghettoïsation des élèves les moins doués pour les activités intellectuelles dès la septième secondaire, aggravation des disparités entre enfants issus de milieux favorisés et enfants moins privilégiés, surcharge administrative des maîtres, angoisse et colère des parents largués – et certaines méthodes pédagogiques sans rapport direct avec EVM, mais procédant de la même idéologie destructrice, seraient débattues sur la place publique.

Il faut déchanter. L’initiative des libéraux n’a été qu’une man½uvre politicarde, une magouille, une poudre aux yeux destinée à masquer le fait dorénavant avéré que les libéraux, les socialistes et les autres partis mènent le même combat : encenser dans leur discours la déesse démocratie, se gargariser de la notion de souveraineté populaire et violer de concert, chaque fois que faire se peut, les principes qui sont censés guider leur action, afin que le pouvoir reste aux mains des oligarques qu’ils sont, comme le furent les deux cent familles de Berne qui, de 1536 à 1798, veillèrent paternellement et avec davantage de bienveillance au bien-être de leurs féaux sujets du Pays de Vaud. Dans ces conditions, «c’était pas la peine, c’était pas la peine de changer de gouvernement…».

Le cynisme de nos autorités politiques est tel qu’elles ne prennent même plus la peine de dissimuler le fossé qui sépare leur discours officiel de leurs actes : si l’on en croit un 24 Heures du 2 juin nettement admiratif – faut-il s’en étonner ? – , Madame Lyon «a travaillé dur pour que l’initiative ne soit pas votée par le peuple». En fait, sous réserve de consultations à grand spectacle – pseudo-démocratie oblige –, Madame Lyon n’a pas eu besoin de travailler tellement dur, puisqu’elle était assurée, à condition de faire semblant de lâcher du lest, du soutien de ses prétendus adversaires et qu’elle a trouvé le temps d’aller visiter, fin mai, des universités de Boston en compagnie de Pascal Couchepin. Il n’en reste pas moins que, pour elle et ses affidés, les Vaudois qui votent ne sont plus le peuple souverain, mais le peuple ennemi qu’il convient de bâillonner.

Nous n’avons jamais cru – sauf dans notre très lointaine enfance – que la démocratie était un régime politique très supérieur aux autres. Mais nous croyions encore jusqu’ici – Dieu nous pardonne ! – que les défauts de l’idéologie démocratique étaient, chez nous, corrigés au moins en partie par le système de la démocratie directe. Nous avons à cet égard participé à de nombreux combats. Nous avons connu souvent les affres de la défaite, mais aussi, parfois, l’ivresse de la victoire. En définitive, cependant, perdre ou gagner n’était pas l’essentiel. L’essentiel était que, contrairement à ce qui se passe dans les autres pays, la population pût donner son avis sur toutes sortes de questions qui la concernaient directement. Ce n’est plus le cas, semble-t-il.

L’auteur de ces lignes a toujours signé toutes les initiatives et tous les référendums qu’on lui proposait, par respect pour la démocratie directe précisément, et sans préjuger de son vote final. Si les initiatives et les référendums ne sont plus que des trompe-l’½il, des outils démagogiques remisés aussitôt que jugés inutiles par des politiciens infidèles, nous ne signerons plus rien, nous n’irons plus voter, nous ne participerons plus à aucune élection.

Avec nos remerciements émus à Leurs Excellences du Château et du Palais de Rumine.

Le pamphlet

1 Star2 Stars3 Stars4 Stars5 Stars (No Ratings Yet)
Loading ... Loading ...
Share/Save/Bookmark



Tags: Culture · Suisse