«Der Untergang», film allemand sur les derniers jours d’Hitler, connaît un vif succès.

Ces nazis, en plus de tout, quels mauvais pronostiqueurs! Car outre le fameux «Nous sommes là pour mille ans», il y a eu aussi cette sortie faite le 17 avril 1945 par Joseph Goebbels, terré avec son Führer dans un bunker devenu sans issue: «Dans cent ans, on montrera un joli film en couleur sur les jours terribles que nous vivons.» Mal vu! Il aura fallu moins de 60 ans, en définitive, pour que le cinéma allemand mette en scène un film sur les douze derniers jours d’Adolf Hitler.
Ce long métrage choc, réalisé par Oliver Hirschbiegel et produit par Bernd Eichinger, c’est «Der Untergang» («Le déclin»). Vif succès, en ce moment, sur les écrans allemands et également alémaniques - pas de sortie prévue pour l’instant dans les salles romandes. Avec, à la clé de ce triomphe, cette grande question: est-il permis de transformer en héros de fiction le responsable de plus de 40 millions de morts au cours de la Seconde Guerre mondiale?
il s’est surpassé
Bruno Ganz, qui incarne le diable dans Der Untergang, a répondu à cette interrogation de la même manière que son réalisateur: «Il est plus dangereux de conserver d’Hitler l’image irréelle d’un monstre que de le restituer dans ses traits d’homme.» Et il n’a pas résisté, si on ose dire, à la gageure que représente cet emploi pour un acteur. Quitte à montrer pour le personnage une inévitable empathie. «Je ne pouvais pas seulement haïr cette personne, sinon je n’aurais pas pu l’interpréter», a d’ailleurs expliqué Ganz sur la chaîne ARD. Bruno Ganz en Adolf Hitler, cela dit, qui l’eût cru! Lui, l’interprète de Wenders et d’Angelopoulos, l’acteur au regard si doux, le héros de Pane E Tulipani et d’autres merveilles, par ailleurs bonhomme qui est la bonté même! Eh bien, dans les bottes du Führer, il s’est surpassé - pour ne pas dire régalé.
Stupeur et tremblements
La composition ultraréaliste de Ganz porte, à elle seule, tout le film. Hitler atteint de Parkinson et sa main tremblante, Hitler crachant ses mots comme autant d’obus apocalyptiques, ou embrassant fougueusement sur la bouche Eva Braun qu’il vient d’épouser. Le même qui détourne la tête lorsque son aide de camp empoisonne «Blondie», son berger allemand, quelques heures avant son propre suicide. Le même, attentionné, qui remercie la cuisinière pour «le très bon repas». Et le même qui, jusqu’au bout, se vante d’avoir «exterminé la vermine juive».
Doué d’une saisissante capacité de mimétisme, Ganz peint le portrait intime du plus grand criminel de l’Histoire sans reculer. Il entraîne le spectateur au coeur de la démence du personnage et, sans tamiser pour autant la lumière de ce tableau d’horreur, il lui apporte des nuances. Façon de rappeler tout de même que le mal possède aussi son magnétisme et que Hitler, cet hypnotiseur de foules, n’a pas entraîné par hasard des millions d’Allemands dans sa folie assassine…
Loin de la caricature
On est loin de la version tragi-comique donnée par Chaplin dans «Le dictateur». Et plus loin encore des portraits sommaires, voire volontairement grotesques (comme dans «L’as des as» de Gérard Oury), que le cinéma réserve d’habitude au bourreau nazi. De grands acteurs figurent, cependant, parmi la trentaine de comédiens à avoir porté depuis 1940 la petite moustache. A commencer par Alec Guinness dans «Les dix derniers jours d’Hitler», d’Ennio de Concini (1973); à suivre par Anthony Hopkins dans «Le bunker», téléfilm de 1981, et Robert Carlyle dans «Hitler: la naissance du mal» vu récemment sur la TSR.
Mais aucun d’eux n’avait approché la vérité du personnage comme le fait Bruno Ganz. En artiste courageux. Car il faut du courage pour rappeler cette atroce évidence qui révoltera encore longtemps les hommes: Hitler a été un être humain.
source: laliberte.ch



