EXPOSITION. Le Centre d’art contemporain présente «Ethnic Marketing»
L’actuelle exposition du Centre d’art contemporain de Genève est sans aucun doute plus didactique que plaisante, même si nombre d’œuvres s’avèrent franchement humoristiques. Elle entend nous ôter les jolies lunettes filtrées qui nous font percevoir la multiplication des échanges interculturels et le goût des uns pour les autres comme une simple amélioration des rapports humains sur notre belle planète. Elle nous rappelle que les processus de globalisation, qu’il s’agisse du supermarché qui nous vend café et bananes, ou du marché de l’art, fonctionnent plutôt grâce à des rouages de pouvoir, de marketing et de géopolitique. Pour cela, elle a adopté la scénographie de petits stands propre aux foires, qui correspond bien à l’esprit de la manifestation et se révèle aussi très pratique pour canaliser un peu sa complexité.
Les commissaires, Martine Anderfuhren et Tirdad Zolghadr, ont vu grand. Trop sans doute en voulant étudier la xénophilie sous toutes ses coutures, en favorisant la vidéo qui demande souvent du temps, en mêlant de faux artistes aux vrais… Ainsi, pas moins d’une vingtaine de stands présentent les travaux d’une trentaine d’artistes, dont une partie ont été commandités pour l’occasion.
Le premier stand nous place immédiatement dans le contexte du marché de l’art avec un hommage teinté d’ironie à cinq des grands curateurs internationaux qui ont lancé la «mode» des artistes non occidentaux, d’Harald Szeeman à Okwui Enzewoor. Puis, de stand en stand, les points de vue sur cette globalisation vont complexifier notre appréhension du phénomène.
Ainsi, Ursula Biermann présente-t-elle des portraits de collectionneurs et marchands d’art tribal new- yorkais. Et des objets afghans dont le texte de présentation rappelle qu’ils proviennent souvent de butins de guerre ou ont été achetés à des prix dérisoires à des familles afghanes qui fuyaient leur pays. Comme celui-ci, bien des stands ne prennent complètement sens qu’après lecture de l’explication, ce qui donne malheureusement un parcours un peu laborieux.
Parodie
Il en va de même pour la mini-exposition de Farhad Moshri qui montre les deux faces de sa production: celle inspirée par la tradition iranienne et celle qui adopte les stratégies de l’art contemporain. Et il revendique le droit de négocier entre ces deux postures. Une de ses œuvres, dans la tradition des ready-made, est un simple voile islamique iranien. Si ce n’est que ce Chador Package, réalisé avec Shirine Aliabadi, parodie les modes de merchandising occidentales, avec sur son emballage l’indication «vu à la télévision».
Idole Pokemon
Certains artistes jouent avec humour sur le retournement de situation. C’est le cas de l’installation Re: looking (2002) de Wong Hoy Cheong qui traite des effets de la colonisation de l’Autriche par l’Empire de Malaisie. Les deux cent cinquante ans d’occupation sont documentés par un site internet (www.relooking-mbc.com). Renversement encore avec le MocMoc. Cet animal aux allures de Pokemon a été présenté aux habitants de Romanshorn comme un héros légendaire oublié, et sa statue jaune installée sur la place de la gare. Les deux artistes, qui œuvrent sous le nom de Com & Com, ont fabriqué tee-shirts et autres gadgets à l’effigie de cette brave bête qui aurait sacrifié sa corne (Horn) pour qu’un jeune pêcheur du nom de Roman puisse sonner l’alarme et sauver la ville des flammes.
Ethnic Marketing au Centre d’art contemporain, rue des Vieux-Brigadiers 10 à Genève. Ma-di 11-18h. (rens. http://www.centre.ch jusqu’au 5 déc.)



